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76 ème chronique de la Macronésie

CM76 - La dystopie libérale

par Dr Bruno Bourgeon

mardi 9 octobre 2018, par JMT

Avec la dystopie on tombe dans l’anticipation-fiction la plus noire, mais qu’on peut quand même enjoliver, comme dans un théâtre classique, de velours rouge aux glands (pas que sur le rideau, assis dans la salle aussi !) brodés d’or paré dont la scène abrite les pires horreurs sans barguigner.

Moi j’aime pas ..... (les sssats car zze suis la plus maligne ? les routes départementales ? what else ?) .... les dystopies ! (pouvez répéter la question ???? ) je préfère les uchronies (que se serait-il passé si ?) qui permettent de réécrire des passés alternatifs. Vraiment si alternatifs ? certain mathématicien académicien russe prétend que toute notre histoire a été caviardée par un complot, évidemment anti-russe, et que 1000 ans ont été rajoutés à la chronologie entre l’antiquité et la Renaissance et qu’on a bourré de fake-stories comme par exemple de dynasties royales semblables au détail près, semblant copiées collées entre des pays sans rapport aucun !

L’alternatif, chacun sait que ça va, ça vient ! Il y a toutefois quelque chose qui me chiffonne dans la dénonciation du supercomplot menant au Grand Suicide de toute l’humanité comploteurs compris ? Ça ressemble à un mauvais scénario US où les grands méchants sont punis par quelques héros ordinaires qui sauvent la planète avec quelques gadgets.....

Sauf que j’ai l’impression qu’on nous a vendu en fait une dystopie dystopique. Pour les connaisseurs, je me réfère à "Simulacron 3" de Daniel Francis Galouye, l’un des premiers livres de SF que j’aie lu vers 1967, et sans doute un des meilleurs, même s’il finit "bien". En fait je crois que tout est vrai sauf 2 points :
a) la supposée liberté des 10% de suicideurs...il n’y a nulle liberté dans ce domaine, tout le monde est plus ou moins conditionné par la pression médiatique, familiale, collective et professionnelle
b) et cerise sur le gâteau, la touche "humaniste" prophétisant que "les riches" allaient mourir comme tout le monde pour une vulgaire histoire d’eau ? oh ! Et le projet Biosphère ? Et le flm 2012 ? Bon OK l’autre fou d’Elon Musk n’avait pas encore annoncé partir sur Mars en bagnole électrique.

Alors faisons un peu de "rétrodystopie" : croyez vous qu’avec chacun quelques milliards de dollars pour préparer sa survie les, mettons 1 millionième de l’humanité, soit 7500 Personnes qui sont VRAIMENT riches, ne sont pas capables de créer des bulles flottantes sous-marines, capables de résister aux tsunamis et à toute forme de pollution, en attendant d’émigrer sur orbite, aux points de Lagrange ou sur la Lune beaucoup plus vraisemblable comme refuge qu’une Mars dont la terraformation rêvée sera bien trop longue pour être autre chose qu’une étape ultérieure éventuelle, dans quelques siècles. Et puis parmi ces riches il y a tous les tripatouilleurs de la vie, capables à la fois de multiplier les descendants des happy fews ou de "nettoyer la Terre", une fois qu’elle aura été débarrassée des milliards de gêneurs qui l’encombrent ?

La dystopie libérale

Attention, ami lecteur, tu ne liras ici que du second degré. Prends-en bonne note.

Notre Terre se trouve dans une situation remarquable : le spectacle merveilleux de nos volcans, océans, paysages pittoresques, jonchés de plastiques luisants, parsemés de centrales nucléaires qui participent à la fabrique des nuages, décorés de somptueuses monocultures, à l’horizon barré de villes allant jusqu’à gratter le ciel. Notre climat modifié nous permet de circuler là où les glaces nous barraient le passage, et d’occuper ces terres dégelées pour qu’elles produisent.

Car il nous faut produire. Et consommer. Dans un élan magnifique, nous, Humains, sous anesthésie, en souscrivant à l’assurance-bonheur-consommation, organisons notre suicide.

La recette dont nous faisons usage par les temps présents est celle du suicide collectif par consentement mutuel inconscient. Quelques exemples : nous sommes dans l’incapacité de réguler notre démographie. Les suicideurs organisent la disparition des suicidés avant de disparaître à leur tour s’ils le désirent. En un rien de temps, par gymnastique quotidienne de soumission mentale admise, ou par une force médiatique ciblée, ou un plan général d’endettement des citoyens.

L’endettement est un processus-clé : on ne peut concevoir la puissance du consortium bancaire et financier sans s’assurer d’un asservissement à l’emprunt. Sinon comment robotiser le producteur de légumes, l’éleveur de porcs, l’exploitant céréalier, l’industriel automobile, et tous ceux qui nécessitent l’argent qu’ils ne possèdent pas ?

Car l’économie réelle a depuis longtemps disparu. Elle est supplantée par une économie financière qui règle les modes de gestion de la planète. Les vocables de « projet politique et social » n’ont plus cours. C’est devenu une dystopie ; elle répond à une technique planifiée, rôdée, chaque jour améliorée, en partie grâce au territoire de médiation fulgurante qu’est le cyberespace. En voici un résumé :

-  Régler le programme de production et de consommation, invoquer le travail et l’emploi en les survalorisant de façon à culpabiliser tout individu désirant échapper à la règle.

-  Lancer une campagne d’information/obligation de consommation grâce à la stratégie de la peur. Pour cela, cibler l’objet de consommation, et détourner l’attention de tous les objets non rentables, en les déclarant non consommables, ou dangereux.

-  Placer sur le Marché les produits surdosés et les machines surdimensionnées en les faisant apparaître comme uniques solutions. S’assurer que ces produits ont une capacité de pollution, voire de destruction, afin de vendre, par la suite, des procédés de réparation. Qualifier cet ensemble comme « développement durable » et en créer un ministère pour les fonctions administratives qui s’y rapportent.

-  Confisquer le « Bien Commun », breveter le vivant, le soumettre au Marché, organiser sa rareté pour en attiser sa spéculation. Par exemple, 30% des espèces ont disparu depuis l’avènement de l’anthropocène, c’est peu : il faut créer un milieu plus favorable à la spéculation.

-  Circonvenir le Législateur pour obtenir des lois interdisant la gratuité du « Bien Commun ». Condamner les récalcitrants : il existe encore des législateurs humanistes capables de faire capoter le projet de suicide collectif par consentement mutuel inconscient, c’est agaçant.

-  Inventer le langage approprié – la Novlangue-, et le faire passer dans toutes les institutions éducatives. Exemples : « développement durable » ; « partenariat public privé » ; « produits naturels peu préoccupants ».

-  Instaurer une névrose institutionnelle à médiatiser à outrance.

Une fois mis en place cet appareil de commande, l’endettement vient de lui-même. Le montage de n’importe quelle entreprise suppose l’emprunt avec contrat de remboursement sévèrement taxé. L’entrepreneur ne pourra toucher de primes qu’à la condition de réaliser ce que le programme lui ordonne : il est exécutant manipulable à vie. Sans primes, il ne peut rembourser. En cas de défaillance, il se suicide : limpide.

Il ne s’agit que du suicide direct. Le Grand Suicide est organisé par une petite quantité de suicideurs, moins de 10% de la population. Ils agissent en toute liberté au nom de n’importe quel argument économique malgré une vague prise de conscience des citoyens, conditionnés à ne surtout pas écouter les arguties d’écologistes depuis longtemps fatigués de les rabâcher.

Il reste quelques points à régler dans cette implacable dystopie. Par exemple le grave problème de la répartition de l’eau. Nous en sommes terriblement dépendants, et sa pénurie menace tout le monde, y compris les suicideurs : c’est inacceptable. Les tentatives de manipulation des nuages ou de maîtrise climatique sont autant d’échecs.

Nous sommes tous égaux devant l’eau. La biosphère est une mince pellicule imprégnée d’eau autour de la planète. Hors d’elle nulle vie. L’eau que nous consommons a été bue avant nous par les plantes, les animaux, puis évaporée, rejetée dans le sol ou l’atmosphère : tout finit à l’eau.

D’où l’idée géniale de l’empoisonner : splendide outil de guerre finale. Mais comment épargner les organisateurs ? Une goutte d’eau de pluie est le résultat d’une accrétion de microgouttelettes, qui s’est formée par condensation sr une impureté : c’est un liquide « informé ». La vie est directement tributaire de cette information. Il peut pleuvoir de l’engrais, de la nourriture, ou du poison ; Or nous savons très bien empoisonner l’air, donc l’eau. Mais nous ne savons pas séparer l’eau des riches de celle des pauvres.

L’Humanité est-elle réellement en fin de vie ? Pas un colloque sur l’environnement qui n’aborde le sujet. Et il nous faut persévérer dans l’organisation de notre disparition. Nos gouvernants n’ont de solutions qu’insatisfaisantes pour notre suicide collectif par consentement mutuel inconscient. Comment faire plier la dystopie pour accéder à l’utopie de notre disparition ? Bienvenue dans « 1984, le meilleur des mondes ».

Bruno Bourgeon

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PUBLICATION DANS LES MEDIAS LOCAUX

* Courrier des lecteurs dans Zinfos974 du Vendredi 12 Octobre 2018 - 16:30

* Courrier des lecteurs dans Le Quotidien de la Réunion du

REFERENCES

*Dystopia
Main basse sur l’agriculture

Alexa Brunet (Photographies), Patrick Herman (Textes), Gilles Clément (Préface)
Paru le 19 février 2015 Beau livre (broché), imprimé en Italie. 28,00 €
disponible sur site becair.com

Résumé:Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, il faut nourrir une population épuisée et faire entrer le progrès dans un monde paysan jugé archaïque. Progrès technique et progrès social semblent alors marcher de pair dans l’effervescence d’une « modernisation » menée au pas de charge.

Un demi-siècle plus tard, le constat est amer : depuis les années 1970, 60% des agriculteurs ont disparu, l’érosion des sols s’aggrave, la variété des races animales se réduit, les pesticides se retrouvent dans nos assiettes et les algues vertes sur les côtes, le modèle agro-alimentaire est en faillite tandis que la faim gagne dans le monde. Derrière cette « modernisation » se dissimulait une industrialisation encouragée par l’État, l’utopie des années 1960 est devenue dystopie.

Composé de trente photographies d’Alexa Brunet, accompagnées de textes de Patrick Herman, préfacé par Gilles Clément, Dystopia propose une approche anticipative originale de ce qui a bouleversé le milieu agricole français. Par le jeu de mises en scène photographiques, les auteurs cherchent à montrer ce qui nous attend si rien ne change. Avec un humour distancé, ils dénoncent les dérives et les logiques d’un système.

* Dystopie sur Wikipédia

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