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41 ème chronique de la Macronésie

CM41 - Les frontières indépassables de la planète

par Dr Bruno Bourgeon, président d’AID

mardi 10 avril 2018, par JMT

9 Mai 2015 - 10 Avril 2018 : 2 ans et onze mois déjà qu’AID essayait de secouer son petit cocotier local . Sans succès évidemment, tout le monde se fout de l’avenir ! est-ce un thème de chronique de la Macronésie ? Peut-être pas car cela fait bien 200 ans que cela dure et que tout le monde s’en fout !

Ou peut-être bien que si, d’ailleurs, devant le peu de goût de notre président pour tout ce qui concerne l’avenir de l’humanité du fait de son penchant pour le néo-libéralisme. Allez, tiens, encore une macronésie, ce sera la quarante-et-unième : mib ré ré, mib ré ré, mib ré ré, sib, sib la sol, sol fa mib, mib, ré do : symphonie Jupiter de Jean Chrysostome Wolfgang Amédée Mozart. (restons français non mais :-)

Jupiter dans tout ça ? reprenons la liste des courses et voyons s’il a agit en positif ou négatif depuis qu’il traîne dans les palais nationaux !

1-l’acidification océanique : conséquence de la hausse du taux de gaz carbonique dans l’atmosphère dont l’océan stocke 50% de l’augmentation . En préférant les cars Macron diesel à des trains pouvant être électrifiés on a fait, uen fois de plus, le choix de gribouille.

2- la déplétion de l’ozone atmosphérique : sauvés des fréons (souvenez vous du trou au dessus des pôles !) il y a quelques décennies, ils sont toujours attaqués par l’excès de vapeur d’eau, par les poussières, par les aérosols de toute provenance. Peut-être par les chemtrails ? (chut c’est du complot !)

3- la perturbation du cycle du phosphore et de l’azote : la politique agricole libérale si chère à l’Hue Euh (U.E. :-) continue les errements passés dans ce domaine qui voit la chimie détruire les sols vivants et se retrouver jusque sur les plages

4- la charge en aérosols atmosphériques : la poursuite de programmes nucléaires dépassés concerne ce domaine : l’eau des aéroréfrigérants perturbe l’atmosphère, comme la poussière des mines d’uranium au Sahel, les micro-particules des diesels, l’usage de gaz propulseurs, les incendies,

5- la consommation d’eau douce : l’agriculture productiviste mais aussi la production d’électricité thermique en sont les premiers consommateurs ainsi que le gaspillage de notre mode de vie

6- le changement d’affectation des terres : l’agriculture paysanne est la seule qui protège les terres, qui peut s’accomoder des zones humides que l’agriculture productiviste dévaste et que les "aménagements" transforment en zones stériles.

7- la pollution chimique : on en est à voir les poissons des fleuves voire de mers semi fermées et peu salées comme la Baltique changer de sexe sous l’effet de produits que les stations d’épuration sont incapables de traiter. Et ce n’est pas en privant les collectivités locales de crédits que cela va s’arranger !

Au total ce n’est pas joyeux mais ça pourrait être pire. Heureusement en fait que la France est très désindustrialisée, cela limite la casse, aux frais des autres peuples : on va se faire bien aimer, comme les états-uniens....Mais du haut de son olympe de carton-pâte Jupiter n’en a cure !

Les frontières indépassables de la planète

On ne vous parle que de cela, changement climatique et biodiversité, mais il est d’autres frontières indépassables sur notre bonne vieille Terre. Dans une étude publiée dans Nature (1), il est chiffré neuf frontières vitales à ne pas franchir pour éviter de basculer dans une zone dangereuse pour notre survie : l’acidification océanique, la déplétion de l’ozone atmosphérique, la perturbation du cycle du phosphore et de l’azote, la charge en aérosols atmosphériques, la consommation d’eau douce, le changement d’affectation des terres, et enfin la pollution chimique.

Sept ont été quantifiées, quatre sont déjà dépassées. Les deux premières, climat et biodiversité, peuvent à elles seules faire basculer la destinée humaine. Deux autres ont été perturbées de manière irréversible : le changement d’affectation des sols, mesuré par le déclin de la couverture forestière, et les grands cycles biogéochimiques de l’azote et du phosphore : les quantités de » nutriments rejetés dans les sols et dans les eaux par l’activité humaine, entre autres agricole, ne sont plus absorbés assez rapidement par les cycles naturels et polluent l’environnement par l’eutrophisation des eaux. Les conséquences sont immédiates : non potabilité des eaux, explosion des cyanobactéries toxiques pour les humains et les animaux d’élevage, mort de la faune aquatique par manque d’oxygène.

En ce qui concerne l’eau, les chercheurs estiment à 4000 km3/an la frontière de consommation pour éviter les effets catastrophiques : épidémies, pollutions, déclins de la biodiversité, effondrement des écosystèmes. Mais la conséquence la plus directe est la pénurie alimentaire. La consommation mondiale actuelle est estimée à 2600 km3/an, et la marge de manœuvre restante se réduit : fonte des glaciers, augmentation de la population, épuisement des stocks souterrains par l’agriculture. La zone de sécurité est donc très mince, encore amincie par l’inégalité de répartition de la population mondiale : 80% de la population est exposée au risque de pénurie, particulièrement dans les zones densément peuplées : Europe, Inde, Chine.

La pollution chimique est très inquiétante. On sait aujourd’hui les risques de certains produits chimiques sur l’embryogenèse, sur la fertilité des adultes, les perturbations endocriniennes (diabète, obésité) ou neurologiques (troubles du comportement). Et l’exposition chronique à faible dose concerne toute la population terrienne. Nous en parlerons lors du colloque le 14 avril, à Stella Matutina : « Colloque Environnement et Santé » .

Par exemple, lors d’un épandage, 90% des produits restent dans les sols, peuvent migrer vers d’autres zones non contaminées, et contaminent toutes les eaux du voisinage (cas de la déséthyl-atrazine à La Réunion). Les résidus d’insecticides néonicotinoïdes provoquent la désertification des abeilles, mais aussi agissent sur les vertébrés, et finalement sur la faune sauvage et l’agriculture. La pollution atmosphérique n’est pas en reste, voir les grandes villes chinoises ou la vallée du Gange. Et même dans les villes européennes avec les particules ultra-fines (Paris, décembre 2013). Ces pollutions sont la cause de millions de décès, mais elles impactent aussi la biodiversité et les écosystèmes, grevant le pronostic des générations futures qui ne pourront compter sur un système de santé moderne.

Nous ne pouvons vous détailler toutes les frontières. Le but de cet article est de montrer que nous sommes cernés. La transgression de chacune des frontières affecte sérieusement notre santé et notre économie. Pire, elles interagissent entre elles dans un immense effet domino que personne ne maîtrise, que personne ne voit. Ces frontières nous montrent une chose : la grande machinerie industrielle est paradoxalement de plus en plus vulnérable à mesure qu’elle grandit et gagne en puissance ; elle nous conduit sans coup férir vers l’effondrement de notre civilisation.

(1)J. Rockström et al. : « a safe operating space for humanity”, Nature, vol. 461, n° 7263, 2009, p. 472-5.

Dr Bruno Bourgeon, président d’AID

d’après "Comment tout peut s’effondrer", par Pablo Servigne et Raphaël Stevens

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LIEN INTERNE

Selon le "Petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes"...
2015 : Comment tout peut s’effondrer
par Bruno BOURGEON, Président d’AID publié le samedi 9 mai 2015

LIENS EXTERNES

* article dans Biosphère

* article au Seuil

PUBLICATION DANS LES MEDIAS LOCAUX

* Courrier des lecteurs de Zinfos974 du Mardi 10 Avril 2018 - 11:34

* Courrier des lecteurs dans Le Quotidien de la Réunion du

* Courrier des lecteurs dans Imaz Press Reunion

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