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64 ème chronique de la Macronésie

CM64 - Le gouvernement soigne (d’abord) les labos

par Dr Bruno Bourgeon, président d’AID

mardi 31 juillet 2018, par JMT

C’est une technique habituelle des oligopoles : quand vous avez un marché domestique juteux, et encore plus avec des clients captifs comme les assurés sociaux français, il n’est pas difficile d’aller tailler des croupières sur les marchés étrangers, d’acheter vos concurrents pour contrôler (utiliser ou neutraliser) leurs brevets et vous en servir pour écouler vos propres produits ou éventuellement leur sous-traiter la production que vous rachèterez à un "prix de transfert" soigneusement étudié pour vous laisser des marges ridicules et conserver l’essentiel de cette marge dans des paradis fiscaux ou à tout le moins dans des lieux où la pression fiscale se fait plus légère. Le paradis capitaliste quoi.

On ne s’étonnera donc pas qu’un premier ministre issu de la droite soit capable de valider ce genre de scénario pour les industries pharmaceutiques françaises sous prétexte de "doper" la compétitivité des champions nationaux, avec évidemment, la bénédiction de Jupiter, banquier d’affaires devenu président olympien !

Si cette magouille avait pour conséquence à terme de faire baisser le prix des spécialités médicales en France, ce qui permettrait plus ou moins à la sécu de rentrer dans ses frais, ou bien d’y développer l’emploi, on comprendrait. Mais bien évidemment la "reconnaissance du ventre" chez une multinationale ça n’existe pas.

Quand on lit "En échange des réformes, le Premier ministre a DEMANDE aux industriels une baisse significative des prix" et pas "En échange des réformes, ll’Etat imposera aux industriels une baisse significative des prix", on sait déjà ce qu’il en sera. On trouve toujours dans la conjoncture le bon justificatif pour différer les obligations, quand on a déjà encaissé d’avance la prime !

Le gouvernement soigne (d’abord) les labos

Édouard Philippe veut une industrie compétitive dans tous les domaines, y compris celui de la Santé. Pour cela, l’astuce est simple : garantir des ventes aux labos, donc des profits, en payant avec la Sécu : notre pognon, quoi.

Le 10 juillet, Édouard Philippe reçoit à Matignon quelques patrons de laboratoires pharmaceutiques. Il s’agit de la réunion du Conseil Stratégique des Industries de Santé, qui permet aux labos de parler directement à l’oreille des pouvoirs publics.

Or ces industriels, bien que dirigeants d’entreprises parmi les plus rentables, après la Mafia, l’armement, le luxe, et les banques, ne sont pas contents. Ils voudraient que l’état leur achète plus de médicaments, plus chers, et sans longues procédures de mise sur le marché. Édouard Philippe leur donne raison sur tout. Car cette branche industrielle n’est pas là pour soigner les malades, ce qui est accessoire, c’est surtout parce qu’il s’agit du troisième exportateur français après l’aviation et l’automobile. Or le Premier Ministre sait les compétiteurs redoutés : Inde, Chine, Italie, Suisse, Allemagne, et Royaume-Uni. Il faut donc sauver les soldats Sanofi, Pasteur, Servier, et Boiron.

Pour cela, le gouvernement s’engage à réduire drastiquement les essais cliniques. Tant pis pour les effets secondaires qui n’auront pas eu le temps d’apparaître. De plus, les chercheurs publics à l’esprit trop « de service public », devront acquérir une valeur plus subtile : la recherche du pognon à tout prix.

A l’inverse, insuffler de l’intégrité scientifique, du respect des personnes, et de la décence dans les hautes rémunérations, à l’Industrie de Santé, n’est pas prévu. Ainsi, Sanofi a supprimé 4000 CDI sur 28000 salariés en 7 ans, et fermé des centres de recherche de haut niveau, sans que personne n’ait trouvé à redire. Le Premier Ministre n’a pas non plus blâmé Sanofi quand l’usine de Mourenx, qui fabrique la Dépakine, ce délicieux médicament on ne peut plus tératogène, rejette dans l’environnement des matières dangereuses jusqu’à 190000 fois la norme : oui, oui, record à battre !

Ne nous alarmons pas pour si peu. Ce qui compte, c’est « innover », dixit l’Édouard. Pour quoi faire ? Pour vendre avant ces « salauds » de chinois ? Comment faire ? Simple. Assurer du grisbi aux labos. Le Premier Ministre a garanti « un plancher de 3 % de croissance par an » aux médicaments innovants, ainsi qu’une hausse, elle aussi garantie, des dépenses… remboursées par la Sécurité Sociale. Nous sommes donc de braves couillons cotisants conviés à garantir le profit de l’industrie pharmaceutique.

Ne pourrait-on pas, plutôt, décider au Parlement des priorités de la recherche médicale ? De lutter contre les maladies environnementales et professionnelles ? D’imposer aux médecins de moins prescrire ? De dérembourser les médicaments inutiles et dangereux ? D’éduquer la population ? Etc, etc. mais franchement, dans quel intérêt, hein, on se le demande…

Dr Bruno Bourgeon, président d’AID
www.aid97400.re
D’après Charlie-Hebdo n° 1357

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PUBLICATION DANS LES MEDIAS LOCAUX

* Courrier des lecteurs de Zinfos974 du Mercredi 1 Août 2018 - 15:31

* Tribune libre dans Imaz-Press Réunion publiée le Mercredi 01 Août à 10H14, actualisée le Mercredi 01 Août à 10H23

* Courrier des lecteurs dans Le Quotidien de la Réunion du 3 Août 2018

Édouard Philippe soigne les labos

Par Charlie Hebdo - 25/07/2018

Le gouvernement veut une industrie « compétitive » dans tous les domaines, y compris celui de la santé. Pour cela, il a recours à une astuce assez simple : lui garantir des ventes, et donc des profits, en payant avec le pognon de la Sécu. Le nôtre, quoi.

En ce mardi 10 juillet 2018, l’équipe française masculine de foot a vaincu sa rivale belge, s’ouvrant la voie du sacre que l’on sait. Au même moment, réunis à Matignon, quelques patrons de laboratoire pharmaceutique ont eux aussi, plus discrètement, mis de jolies cacahuètes en pleine lucarne.

Détail agaçant : ces buts, ils les ont marqués contre nous. Il s’agissait de la réunion du Conseil stratégique des industries de santé, un machin qui permet aux laboratoires pharmaceutiques de parler directement à l’oreille des pouvoirs publics.

Or ces industriels, qui dirigent des entreprises parmi les plus rentables après la Mafia, l’armement, le luxe et les banques, ne sont pas contents. Ils voudraient que l’État leur achète plus de médocs, plus chers, et sans leur imposer tout un tas de longues procédures.

Et que croyez-vous que fit Édouard Philippe, ci-devant Premier ministre de la République ? Il leur donna raison sur tout. Car, comme il l’a indiqué, il était là pour soutenir l’industrie de santé. Non pas parce qu’elle soignait des malades, ce qui lui arrive parfois, mais parce qu’elle était « le 3 e exportateur français, après l’aéronautique et l’automobile 1 ».

Mais, nous dit Édouard, attention, « des pays comme l’Inde et la Chine, ou même, plus proches de nous, l’Italie, la Suisse, l’Allemagne ou le Royaume-Uni sont désormais des compétiteurs redoutés ». Diantre. Ces féroces soldats viendraient-ils dans nos campagnes soigner nos fils et nos compagnes à la place de nos chers Sanofi, Pasteur, ­Servier et autres Boiron ?

(reste de l’article payant)

L’ordonnance d’Édouard Philippe pour relancer l’industrie de la santé

Économie

Accélérer l’accès des patients aux innovations thérapeutiques et améliorer l’attractivité de la France pour relancer l’industrie de la santé : telle est la prescription proposée ce mardi par le Premier ministre lors du Conseil stratégique des industries de santé.

Voilà bien une instance de dialogue dont le travail passait habituellement inaperçu. Mais ce mardi, surprise : le Premier ministre, Édouard Philippe qui réunissait pour la première fois du quinquennat le Conseil stratégique des industries de santé (CSIS), a fait plusieurs annonces qui vont améliorer l’accès des patients à l’innovation et redonner de l’attractivité à la France.

Devant une trentaine de dirigeants de grands labos invités, Édouard Philippe a déroulé une stratégie modifiée jusqu’au dernier moment. « Ce 8e CSIS doit faire date et nous permettre d’inverser la vapeur », a-t-il résumé en préambule.

Accélérer l’accès des patients aux innovations
Plusieurs mesures concrètes ont ainsi été annoncées pour faciliter l’accès des patients aux dernières innovations thérapeutiques. Parmi elles, le développement des ATU. Ces « autorisations temporaires d’utilisation » permettent le recours précoce à de nouveaux traitements avant qu’ils n’aient obtenu leur AMM, Autorisation de mise sur le marché. « 500 autorisations ont été données depuis le début 2018, a-t-il révélé, nous allons ouvrir ce dispositif aux extensions d’indications : un médicament autorisé contre le cancer du poumon pourra l’être dans d’autres cancers » a-t-il donné en exemple.

Un délai de 530 jours contre 106 jours en Allemagne
Plus largement, le Premier ministre veut que d’ici 2022, le délai moyen d’accès aux marchés pour les nouveaux produits de santé soit abaissé à 180 jours, comme le prévoient déjà les directives européennes… Actuellement, il s’écoule en moyenne 530 jours entre la date où le produit obtient son AMM et la publication au Journal officiel du prix de vente. Ce délai est de 106 jours en Allemagne. S’agissant des dispositifs médicaux et autres stratégies thérapeutiques de rupture, Édouard Philippe a annoncé une extension du « forfait innovation » qui permettra leur prise en charge précoce par l’assurance maladie.

Séduire les industriels
Le Premier ministre s’est aussi engagé à ce que les futures lois de financement de la sécurité sociale offrent « une visibilité sur trois ans » aux industriels qui jusque-là voyaient la réglementation changer chaque année. Il a promis aussi de faciliter l’accès aux données de santé anonymisées pour favoriser la prévention. Autant de mesures saluées par le Leem, le syndicat qui réunit les laboratoires pharmaceutiques présents en France et par la présidente de France Biotech, Maryvonne Hiance : « Pour une fois les nouvelles sont bonnes et on n’a pas oublié de stimuler l’innovation ».

L’épineux sujet du prix
En échange des réformes, le Premier ministre a demandé aux industriels une baisse significative des prix. Il a aussi annoncé qu’une nouvelle lettre de mission a été adressée au président du Comité économique des produits de santé pour qu’il simplifie la procédure de fixation du prix des produits.

Vaccins : mais pourquoi Édouard Philippe passe-t-il chez Sanofi en catimini ?

Atlantico.fr Éric Verhaeghe Publié le 25 Juillet 2017

On doit l’information à l’insoumis Rufin : Édouard Philippe s’est fendu d’une bien maladroite visite "secrète" chez Sanofi alors que le gouvernement s’apprête à violer le Code de la Santé Publique pour favoriser la commercialisation des vaccins de ce géant pharmaceutique. En plein débat sur la lutte contre les conflits d’intérêt en politique, l’opération est vraiment maladroite.

François Rufin a eu la bonne idée de relever l’événement. Le jour où Édouard Philippe lançait les états généraux de l’alimentation, il passait sous silence un autre événement sur lequel les citoyens aimeraient bien avoir quelques explications : sa visite en grande pompe, mais à huis clos, chez Sanofi. De ce petit crochet par Vitry, personne n’a eu vent. Il fallait consulter le site de Sanofi pour en avoir connaissance

Un secret bien maladroit

Que le Premier Ministre rende visite à une grande entreprise française est d’usage courant. Ce genre de moment touristique fait partie de la fonction. Personne ne peut s’en offusquer. Alors pourquoi l’avoir tenue secrète ? Pourquoi avoir laissé Sanofi communiquer sur le sujet sans en parler à personne ? Ce jour-là, Édouard Philippe se consacrait aussi aux états généraux de l’alimentation. Il était entouré de journalistes. On ne peut donc évoquer un oubli malheureux...

Sur le fond, Édouard Philippe pourrait donc découvrir à ses dépens que la meilleure façon d’attirer l’attention sur ses agissements, c’est de vouloir les cacher.

Sanofi, fortement boosté par le gouvernement
Il faut dire que la visite était, sur le fond, extrêmement maladroite. Alors que le Conseil d’État avait fortement incité Marisol Touraine à taper du poing sur la table pour que Sanofi commercialise les vaccins prévus par la loi, le gouvernement Philippe a décidé de passer outre et de changer les règles publiques pour faire plaisir à Sanofi. Au moment où l’Assemblée Nationale discute des conflits d’intérêts dans le cadre du projet de loi sur la moralisation (même s’il paraît qu’il ne faut plus utiliser ce mot en évoquant le texte), cette petite visite est très maladroite. Surtout lorsqu’elle est cachée. Surtout lorsqu’elle est révélée par Sanofi. Surtout lorsqu’elle revient par Rufin à l’Assemblée Nationale. Édouard Philippe, qui a brillé par ses palinodies sur la fiscalité, apporte peu à peu la démonstration de son incapacité à communiquer. En tout cas, il voudrait nourrir le sentiment d’une relation malsaine entre Sanofi et le gouvernement, qu’il ne s’y prendrait pas autrement.

Sanofi :
Sanofi a eu l’honneur de recevoir, hier, le Premier ministre de la France Edouard Philippe sur son site de recherche, développement et production de biologiques de Vitry-sur-Seine. Edouard Philippe a été accueilli par Serge Weinberg, Président du Conseil d’administration, Philippe Luscan, Vice-Président Exécutif, Affaires Industrielles et Président de Sanofi en France, Marc Bonnefoi, Responsable du pôle français de R&D et Guillaume Leroy, Directeur Pays France. Cette visite du site de Vitry, en région parisienne, souligne l’engagement et l’intérêt du Premier ministre en faveur de l’innovation et la recherche et développement, notamment dans le domaine de la santé.

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