AID Association Initiatives Dionysiennes

Ouv zot zié !

Accueil > Chroniques de la Macronésie > CM102-La République en Marche ? Non, en marchés

102 ème chronique de la Macronésie

CM102-La République en Marche ? Non, en marchés

par Bruno BOURGEON, porte-parole d’AID

lundi 15 avril 2019, par JMT

Manu nous aurait menti ? Sa révolution disruptive consiste donc au niveau finances à utiliser les mêmes vieilles recettes éculées , sans cesse remises sur la table et toujours aussi inefficaces.

Depuis quand vendre les bijoux de famille a-t-il en France permis de rembourser la dette publique, alors que depuis 1975 les budgets publics n’ont quasiment pas cessé d’être en déficit, si ce n’est l’Etat, la sécu ou les entreprises publiques. Les collectivités locales y échappent en théorie mais en réalité d’emprunts toxiques en éléphants blancs (alias gros investissements jamais rentabilisés et d’utilité douteuse), on serait souvent surpris.

Et si on parlait un peu d’EDF qui jalouse de la SNCF est allée butiner elle aussi partout, considérant sans doute sa tâche française achevée ? après avoir laissé sa culotte et une part des provisions constituées pour ses centrales nucléaires française vieillissantes dans des privatisations de réseaux de distribution beaucoup moins rentables que prévus, elle a dû, pour sauver son fournisseur attitré l’ex-Areva magistralement coulé par Anne Lauvergeon (Voir Crépuscule de Juan Branco ) investir elle-même dans des projets de centrales nucléaires à l’étranger, puis dans le gouffre Areva soi-même avant d’aller inventer un projet délirant en Angleterre qui ne tient que sur un torchon de papier du gouvernement britannique garantissant un prix de l’électricité très élévé pour les 30 prochaines années, qui va nécessiter un co-actionnaire chinois qu’il va falloir payer par de nouveaux transferts de connaissances). Comme s’il n’y avait jamais eu d’alternance politique au Royaume-Uni : comme on dit couramment, les promesses n’engagent que les andouilles qui y croient !

Quant à la privatisation pour que les services publics soient efficaces, je me gondole (à Venise :-) . On a inventé les "services publics" pour garantir à la population l’accès à un minimum de biens et services pour un coût compatible avec leurs revenus. Comme le système capitaliste refuse que les revenus les plus bas augmentent au moins au rythme du coût de la vie que le capitalisme fait globalement augmenter sans cesse (au delà de la baisse de prix de quelques items montés en épingle), il faut donc que la puissance publique assure l’équilibre financier, ce qui peut passer par un complément de revenus (allocations et indemnités diverses voire revenu de base) ou par des subventions d’équilibre qui souvent dérapent.

L’entreprise capitaliste qui vient là-dedans, qui saucissonne les tâches réparties dans des entités juridiques différentes, multiplie les charges de gestion, impose une comptabilité analytique souvent sans autre intérêt que comptable et surtout nécessite de financer la charge des revenus des actionnaires qui, depuis la baisse des taux d’emprunt, est devenue insupportable dans un fonctionnement normal et impose donc l’ajustement salarial, la baisse des dépenses d’entretien et donc la baisse de qualité du service rendu.

Où voit-on l’audit réel de ces dysfonctionnements ? Où voit-on les pertes collectives bien plus importantes que la prédation privée ? Est-ce que le Grand Débat a donné l’idée de faire systématiquement cet exercice de manière collective avant de "réformer" (alias mettre au rencart ce dont on ne veut plus)

La République en Marche ? Non, en marchés

Treize milliards d’euros de cessions en 1986, 26 entre 1993 et 1997, 14 de 1997 à 2002 : depuis 30 ans, l’État français s’est pris de passion pour les privatisations. Aucune majorité n’y résiste. Dans les étals publics, on trouve : armement, banques, infrastructures, énergie, médias. Entre 1985 et 2015, le nombre d’entreprises sous contrôle public est passé de 3.500 à 1.625, leurs employés de 2.200.000 à moins de 800.000.

Pourquoi céder aux privés ce qui appartient à la collectivité ?

- D’abord lâcher du lest pour éponger la dette : depuis 2010, c’est le remède prescrit par les 3 principaux bailleurs de la Grèce (UE, Banque de l’Europe, International monetary fund). Doublé d’une cure d’austérité, le traitement a abouti en 2018 : la dette grecque atteint désormais 180% du PIB hellène. Beau boulot ! Et ce n’est que le court terme.

- Pour nombre de ses défenseurs, privatiser, c’est être efficace. Sans comptes à rendre, les administrateurs des services publics s’endormiraient sur leurs lauriers. Et rien de mieux que le Marché pour leur donner un petit coup de fouet. Pour ces raisons, le gouvernement britannique a décidé de privatiser l’eau à la fin des années 1980 : investir, rénover, réduire les frais.

En 2015, la facture est tombée : les prix ont augmenté de 40%. Et 3 milliards de litres d’eau fuient quotidiennement, soit 1/5 de l’approvisionnement national. Les efforts des entreprises privées se sont orientées ailleurs : entre 2007 et 2016, 95% des profits ont été redistribués aux actionnaires : de l’intérêt général à celui de quelques particuliers.

Le 14 août 2018, le pont Morandi de Gênes s’effondre : 43 personnes décèdent. L’enquête a montré que l’ouvrage bâti en 1982 avait été mal entretenu : 98% des investissements de renforcement ont été effectués avant la privatisation d’Autostrade Italia en 1999. En 2017, Atlantia, concessionnaire du pont et filiale de Benetton, affichait un bénéfice net de 1,17 milliard d’euros. La poule aux œufs d’or s’était laissée plumer.

Rassurez-vous : l’État veille. Pour chaque mission confiée au privé, un cahier des charges est établi pour s’assurer son contrôle : qualité, accessibilité et prix. En 1995, les 18 concessionnaires des autoroutes françaises s’engagent à limiter l’augmentation annuelle du prix des péages à 70% de l’inflation : juré, craché ! Entre 2009 et 2012, les prix chez SAPN, ASF, et Escota, ont affiché une hausse de 2,2%/an. 1 point de plus que prévu. Une clause prévoyait des sanctions : 0,3% du chiffre d’affaires. Amende que l’État n’a jamais réclamé.

« Tout ça, c’est de la faute de l’Europe ! » En est-on bien sûr ? Selon le Traité de Fonctionnement de l’Union Européenne, Art. 345, l’UE est neutre dans le choix des formes sociales des entreprises pour le marché intérieur. En clair, dans de nombreux cas, la France a choisi de privatiser.

Alors que le gouvernement d’Édouard Philippe vient de faire voter la privatisation d’ADP (Aéroports de Paris), et envisage la mise aux enchères des barrages hydroélectriques, prétextant l’injonction de Bruxelles, nos voisins ont pris d’autres options : l’Allemagne les a exclu de la concurrence, la Suède les a soumis à un régime d’autorisation publique, et l’Italie a maintenu le monopole d’Enel jusqu’en 2029.

A l’étranger, la France défend même activement les privatisations quand elles bénéficient à ses champions. Par le biais des traités internationaux sur les investissements, les pays occidentaux sécurisent des parts de marché en poussant les autres à ouvrir des secteurs nationalisés à la concurrence.

La SNCF, fleuron de nos services publics, est désormais implantée dans 120 pays, et réalise 1/3 de son activité hors de France. Et pour garantir la pérennité de son entreprise, elle joue des clauses de non retour en arrière, pour dissuader des pays déçus de renationaliser des privatisations pas assez performantes.

En 2006, insatisfaite des services de Suez Environnement, l’Argentine ramène la gestion de l’eau de Buenos Aires en gestion publique. En 2015, le géant français gagne son procès : l’imprudente nation a dû régler 405 millions de dollars pour le manque à gagner.

En prétendant défendre l’intérêt général, l’État gestionnaire privilégie les géants privés au nom de la pseudo-performance des marchés. Une fois les biens communs bradés, il ne reste plus à l’État qu’à servir de garantie si défaillance : privatiser les profits, nationaliser les pertes. L’éternelle histoire. Mais bon sang de bois, quel dogme a convaincu l’État qu’il devait se priver de tout levier ?

Bruno Bourgeon
D’après #Data Gueule

Version imprimable :

PUBLICATION DANS LES MEDIAS LOCAUX

* Article de Témoignages.re du 18 avril 2019

* Courrier des lecteurs de Zinfos974 du

* Courrier des lecteurs de Clicanoo.re du

* Courrier des lecteurs d’Imaz-Press Réunion publié le

* Courrier des lecteurs dans Le Quotidien de la Réunion du

#Datagueule

Programme - Francetv Éducation
DataGueule est une émission de télévision diffusée sur france 4. Cette série propose des vidéos traitant de l’actualité de façon ludique et didactique.

SOURCE- Privatisations : la République en marché - #DATAGUEULE 88

198 539 vues Data Gueule Ajoutée le 11 avr. 2019

Tout doit disparaître... surtout les limites !

Depuis 30 ans, les privatisations, à défaut d’inverser la spirale de la dette, déséquilibrent le rapport de force entre Etat et grandes entreprises à la table des négociations. Infrastructures, télécoms, BTP, eau ... les géants des marchés voient leur empire s’élargir dans un nombre croissant de secteurs vitaux.

Cédant le pas et ses actifs au nom de la performance ou de l’efficacité, sans autre preuve qu’un dogme bien appris, la collectivité publique voit se dissoudre l’intérêt général dans une somme d’intérêts privés ... dont elle s’oblige à payer les pots cassés par des contrats où elle se prive de ses prérogatives.

Mais comment donc les agents de l’Etat ont-ils fini par se convaincre qu’il ne servait à rien ?

Retrouvez toutes les sources de l’épisode